Le coup d’envoi a été donné le jeudi 29 octobre, en visioconférence. Syndicats et organisations patronales ont ouvert une négociation sur l’indemnisation des arrêts maladie, à la demande du gouvernement. Le calendrier est serré : les partenaires sociaux ont jusqu’au 19 décembre pour s’entendre. Et l’objectif fixé par Matignon est clair : un milliard d’euros d’économies.
Pour les salariés, l’enjeu est concret. Ce qui se discute dans ces réunions hebdomadaires, c’est la manière dont un arrêt de quelques jours sera payé demain : par la Sécurité sociale, par l’employeur, par la prévoyance… ou pas du tout.
Plan de l'article
Une négociation « flash » avec un objectif chiffré #
Selon BFM Business, le gouvernement de Sébastien Lecornu cherche au total deux milliards d’euros d’économies sur les arrêts maladie. La moitié doit venir de cette négociation, en agissant sur les indemnités journalières versées par l’Assurance maladie. L’autre moitié passerait par un rapprochement de la fiscalité de certains arrêts avec celle des revenus du travail.
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Le même média rappelle l’ampleur de la facture : les indemnités journalières maladie sont passées de 7,7 milliards d’euros en 2016 à 12,1 milliards en 2025. En ajoutant les accidents du travail et les maladies professionnelles, on approche les 18 milliards.
D’après Syndicalisme Hebdo, le média de la CFDT, les délégations ont convenu de se retrouver chaque semaine, sauf la deuxième semaine de novembre. Première étape : établir un diagnostic partagé, avec l’appui des services de l’Assurance maladie et de la Sécurité sociale.
Ce qui a déjà changé ces derniers mois #
La négociation ne part pas d’une page blanche. Plusieurs mesures récentes ont déjà réduit la voilure, comme le rappelle BFM Business :
Depuis avril 2025, le salaire pris en compte pour calculer les indemnités journalières d’un arrêt maladie « classique » est plafonné à 1,4 Smic. La fiche officielle de Service-Public.fr en donne la traduction concrète : en 2026, l’indemnité ne peut pas dépasser 42,97 euros bruts par jour, sur la base de 50 % du salaire journalier de base.
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À partir du 1er novembre, c’est le plafond des indemnités pour accident du travail et maladie professionnelle qui sera abaissé à 1,8 Smic. Et depuis septembre, la durée des arrêts maladie a été encadrée à un mois.
Côté syndicats, ce contexte pèse. « On nous demande un effort supplémentaire d’un milliard d’euros alors qu’il y a déjà eu une espèce d’effervescence de mesures passées par décret ces derniers mois », a résumé Éric Gautron, représentant de FO, cité par BFM Business.
Le jour de carence d’ordre public, ligne de fracture #
Le point le plus sensible est connu d’avance. Le Medef, les Entrepreneurs et l’U2P se disent favorables à l’instauration de jours de carence « d’ordre public » dans le privé, sur le modèle de la fonction publique. Concrètement, il s’agirait d’un ou de plusieurs jours non indemnisés ni par la Sécu, ni par l’employeur, ni par la prévoyance.
Pourquoi c’est un changement majeur
Aujourd’hui, le délai de carence de la Sécurité sociale s’applique à chaque arrêt, mais beaucoup de salariés ne le ressentent pas sur leur fiche de paie : un accord d’entreprise, la convention collective ou le contrat de prévoyance prend souvent en charge tout ou partie de ces jours. Une carence d’ordre public interdirait précisément cette compensation. Syndicalisme Hebdo indique que des « bruits de couloir » évoquent une telle interdiction, ce que la CFDT juge potentiellement « dramatique socialement » pour les petits salaires.
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Les syndicats avaient déjà fait front à l’été 2025, quand le gouvernement de François Bayrou avait envisagé de ne faire indemniser par la Sécu qu’à partir du huitième jour d’arrêt.
La position de la CFDT : la prévention avant le porte-monnaie #
Isabelle Mercier, cheffe de file de la CFDT dans cette négociation, a posé le cadre dans Syndicalisme Hebdo : pas question d’entrer dans la discussion « avec un objectif financier ou d’accepter une baisse des droits des travailleurs ». La confédération y participe pourtant, pour porter les sujets de pénibilité, d’usure professionnelle et de conditions de travail.
« Ce n’est pas en s’attaquant au porte-monnaie des salariés que l’on va faire baisser les arrêts maladie mais en faisant en sorte qu’ils ne tombent pas malades à cause de leur travail ou qu’ils puissent continuer à travailler grâce à des aménagements », insiste-t-elle.
Le diagnostic, au moins, semble partagé. Selon le média cédétiste, patronat et syndicats s’accordent sur les principales causes de la hausse des arrêts : dégradation et intensification du travail, vieillissement de la population active. Les dernières données montrent aussi une progression de certaines pathologies, dont les troubles de santé mentale.
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Ce que les équipes syndicales peuvent faire dès maintenant #
Rien ne change pour l’instant sur les fiches de paie : aucune nouvelle règle de carence n’est actée, et l’issue de la négociation reste ouverte. Mais quelques semaines suffisent pour se préparer.
Premier réflexe pour les élus de CSE et les délégués syndicaux : vérifier ce que prévoient l’accord de prévoyance et la convention collective sur la prise en charge des jours de carence. C’est ce mécanisme qui serait directement touché par une carence d’ordre public.
Deuxième piste : documenter les arrêts liés au travail dans l’entreprise. Isabelle Mercier propose de « faire la cartographie des métiers à fort taux de sinistralité », selon BFM Business. Les données issues du document unique d’évaluation des risques et des bilans de santé au travail sont des arguments concrets, dans l’entreprise comme dans le débat national.
Enfin, le calendrier est à suivre de près. Une réunion par semaine jusqu’au 19 décembre, des discussions qui se tiendront dans les locaux du Medef d’après BFM Business, et un gouvernement qui pourrait reprendre la main par la loi ou le décret en cas d’échec. Nous reviendrons sur les propositions dès qu’elles seront mises sur la table.
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